© Denis Pérez 2016

DENIS PÉREZ

SILHOUETTES …

A peine reliées au sol par une fragile attache, les frêles silhouettes peuvent doucement osciller, comme au moindre souffle d’air, brins d’herbes géants (à moins que ce soit nous qui soyons soudain devenus fourmis). L’échelle humaine contribue à produire l’émotion que nous pouvons ressentir à nous promener au milieu d’elles, réactivant notre conscience du mystère de notre condition d’homme face au gigantesque et au microscopique.

Même si elles ne bougent pas, l’espace large, dilaté entre elles ou au contraire la faible distance qui les sépare nous suggère une mobilité, une vie. Groupées ou isolées, elles se fuient ou se rencontrent : l’espace comme matière des sculpteurs ! … Et si une œuvre avait assez de force pour imprégner de son aura  le monde qui l’environne ?

Une vie d’autant plus présente que de minuscules têtes les surmontent. Avons-nous totalement chassé de nous nos croyances d’enfant : les objets qui nous entouraient étaient pourvus de vie, d’émotions. De nombreuses sociétés traditionnelles se sont appuyées sur l’animisme pour bâtir leur rapport équilibré au monde. Notre monde occidental rationnel l’a chassé. L’a-t-il totalement éradiqué de nos consciences profondes ?

Si nous avons la curiosité de scruter de très près leur « peau », … surprise, nous reconnaissons l’épiderme du vieux bois, sillonné de rides, de crevasses. Obtenues par prises d’empreintes sur de vieilles poutres, les silhouettes établissent le passage entre le végétal et l’humain, entre l’inanimé et l’homme … objets avez-vous donc une âme ? … Une âme … et si ces silhouettes, glissant discrètement au milieu de nous étaient des âmes …

Pierre Peyrard

Silhouettes